Monday, March 3, 2014

Consommation en biens des ménages au Canada

Alors que les biens non-durables demeurent toujours une composante importante de la dépense de consommation en biens des ménages, la part des biens durables a pratiquement doublé en l’espace de trois décennies. Les biens durables sont devenus plus accessibles en raison de la baisse de leur prix et de l’accroissement du revenu disponible des ménages.

Les économistes désignent, par consommation en biens des ménages, les dépenses effectuées par nous tous sur les biens que nous utilisons pour satisfaire nos propres besoins. Certains de ces biens, les aliments par exemple, sont périssables alors que d’autres, les voitures par exemple, durent plus longtemps et peuvent être utilisés plusieurs fois. Ceci amène à faire la distinction entre biens non-durablessemi-durables et durables
Les biens non-durables sont des biens qui sont  périssable ou des biens que l’on consomme complètement en un usage. Comme exemples de biens non-durables,  on peut citer les aliments, les boissons, les ustensiles et couverts jetables, les produits de premiers soins, les emballages papiers, et emballages pour aliments. 
À l’opposé, les biens durables sont des biens ayant une durée de vie d’au moins trois ans. On peut les louer, les acheter neuf et les revendre. On peut aussi régler leurs achats  en une traite ou par mensualités. Les biens durables sont accompagnés d’une garantie du fabricant qui protège leurs premiers utilisateurs contre les défauts et l’usure prématurée. Les voitures, les appareils ménagers, les téléphones cellulaires et les souffleuses à neige sont des exemples de biens durables.  
On retrouve entre les biens non-durables et durables, des produits que l’on qualifie évidemment  de semi-durables. Les vêtements et chaussures en sont des exemples.  

Au cours de la période de temps allant de 1981:T1 à 2013 :T4, le taux trimestriel moyen de croissance de la consommation en biens des ménages est de 0,62 %. Comme l’on pourrait le voir dans le tableau ci-dessous, les biens non-durables, semi-durables et durables expliquent respectivement 35 %, 19 % et 41 % de cette croissance.

Tableau: Taux de croissance de différents types de biens de consommation et leurs contributions à la croissance de la consommation de tous les biens, Canada, 1981:T1-2013:T4, source des données: Statistique Canada

Dans la colonne (b) du tableau ci-dessus, la contribution moyenne d’un type donné de bien au taux de croissance de la dépense totale de consommation en biens est une moyenne des taux trimestriels de croissance de la dépense de consommation des ménages sur ce type de bien pondérée par sa part dans la dépense totale de consommation en biens. 
Les éléments dans la colonne (c) sont ceux de la colonne (b) exprimés en pourcentage du taux moyen de croissance de la dépense totale de consommation en biens.

Le taux moyen de croissance de la consommation des biens durables se révèle être supérieur à ceux des deux autres types de biens. Ceci s’explique par la baisse importante du prix des biens durables depuis l’an 2000 et la hausse du revenu disponible des ménages. Le fait est que, après avoir atteint un pic en 1998, le prix des biens durables a progressivement baissé pour revenir à son niveau de 1988 alors que le prix des biens non-durables n’a cessé de croître et celui des biens semi-durables n’a baissé que modérément. 

Je vais maintenant expliquer, tour à tour, le comportement dans le temps de la part de chacune de ces trois types de biens dans la dépense de consommation en biens des ménages.     

Les biens non-durables
Plus de la moitié de la consommation en biens des ménages est composée de biens non-durables. Au premier trimestre de 1982, les trois-quarts des biens consommés par les ménages au Canada étaient des biens non-durables. Comme l’on pourrait le voir dans les parties 1 et 2 de la figure 1, cette part baisse dans le temps pour atteindre le creux de 51 % au second trimestre de 2013. 

Revenu disponible personnel, prix, part dans la consommation en biens des ménages, élasticité prix et élasticité revenue des biens non-durables, Canada, 1981:T1-2013:T4, source des données: Statistique Canada
Figure 1 Revenu disponible personnel, prix, part dans la consommation en biens des ménages, élasticité prix et élasticité revenue des biens non-durables, Canada, 1981:T1-2013:T4, source des données: Statistique Canada

La première partie de la figure 1 montre qu’alors que la part des biens non-durables est en train de décroître, leur indice de prix à la consommation (IPC), c.-à-d., le ratio de leur prix courant à leur prix en 2002, ne cesse de croître.  

La partie 3 représente l’élasticité de la demande des biens non-durables par rapport au prix. Cette élasticité indique le  la variation en pourcentage de la part des biens non-durables résultant d’une hausse d’un pourcent de leur prix, toutes choses égales par ailleurs. Cette élasticité par rapport au prix fluctue autour d’une moyenne de -0,36, ce qui veut dire que la demande de biens non-durables est principalement inélastique au prix. La demande d’un bien est dite inélastique au prix lorsque la valeur absolue de son élasticité par rapport au prix est inférieure à un. Quand le prix d’un bien non-durable augmente d’un pourcent, en moyenne, la baisse induite de la demande de ces biens est inférieure à un. 

La partie 2 de la figure 1 montre que la part des biens non-durables décroît alors que l’indice du revenu disponible personnel croît. 

La partie 4 représente l’élasticité de la demande des biens non-durables par rapport au revenu, c.-à-d., la variation en pourcentage de la demande de biens non-durables occasionnée par un accroissement d’un pourcent du revenu, toutes choses égales par ailleurs. La moyenne de cette élasticité est de -0,45. Cette valeur négative indique que  les gens renoncent à la consommation de certains biens non sophistiqués au fur et à mesure qu’ils deviennent riches. Ils vont commencer à utiliser, par exemple, des rasoirs à piles ou électriques plutôt que des rasoirs jetables ou des brosses à dents électriques plutôt que des brosses à dents ordinaires, ce qui réduit la consommation des biens non-durables.

Les biens semi-durables
La part des biens semi-durables dans la consommation de biens a baissé de 15,48 %  au premier trimestre de 1981 pour atteindre le creux de 14,8 % au troisième trimestre de 1991. Durant la même période, comme on pourrait le voir dans la première partie de la figure 2, leur prix a augmenté. Leur prix au troisième trimestre de 1991 était de 61 % plus élevé qu’au premier trimestre de 1981. Après cela, la part des biens semi-durables a commencé à grimper. À la fin de 2013, les biens semi-durables représentaient presque 18 % des dépenses en biens des canadiens.

Revenu disponible personnel, prix, part dans la consommation en biens des ménages, élasticité prix et élasticité revenue des biens semi-durables, Canada, 1981:T1-2013:T4, source des données: Statistique Canada
Figure 2: Revenu disponible personnel, prix, part dans la consommation en biens des ménages, élasticité prix et élasticité revenue des biens semi-durables, Canada, 1981:T1-2013:T4, source des données: Statistique Canada

La troisième partie de la figure 2 représente l’élasticité de la demande de biens semi-durables par rapport aux prix. Cette élasticité prix fluctue autour d’une moyenne de 0,07, ce qui suggère que la demande des biens semi-durable est aussi inélastique au prix. En plus, les biens semi-durables se révèlent ne pas être des biens ordinaires contrairement aux biens non-durables puisque leur demande tend à croître avec leur prix.
  
La partie 2 de la figure 2 montre une corrélation positive entre la demande de biens semi-durables et le revenu personnel disponible. La valeur moyenne de la série d’élasticité revenu représentée dans la partie 4 est 0,21.

Les biens durables
Leur part dans la consommation de biens ne cesse de croître. À la fin de 2013, 30 % de nos dépenses en biens étaient sur des biens durables alors que cette part n’était que de 16 % en 1982. Il apparaît aussi dans la première partie de la figure 3 qu’après avoir atteint le sommet de 102,2 au début de 1998, le prix des biens durables est redescendu l’année passée à 85, ce qui veut que les biens durables sont moins chers maintenant qu’en 1988 alors que nos revenus se sont accrus de 77 % par rapport à 1988.

Revenu disponible personnel, prix, part dans la consommation en biens des ménages, élasticité prix et élasticité revenue des biens durables, Canada, 1981:T1-2013:T4, source des données: Statistique Canada
Figure 3: Revenu disponible personnel, prix, part dans la consommation en biens des ménages, élasticité prix et élasticité revenue des biens durables, Canada, 1981:T1-2013:T4, source des données: Statistique Canada

La valeur moyenne de l’élasticité de la demande des biens durables par rapport au prix représentée dans la troisième partie de la figure 3 est 0,81. La valeur positive de cette élasticité suggère que les biens durables sont des biens de luxe –biens de Giffen est l’expression qui conviendrait le mieux. En plus, quand les revenus des ménages augmentent de d’un pourcent, ils augmentent leur dépense en biens durables de 0,69 %.  

Les biens durables sont plus accessibles de nos jours mais leur durée de vie utile est en baisse. Aussi coûte-t-il plus cher maintenant de faire réparer un bien durable que d’en acheter un nouveau. L’accroissement  dans la consommation en biens durables des ménages est bonne pour l’économie mais pose des problèmes environnementaux.